Les Congolais se sont appropriés les élections

 

Le peuple congolais a permis la tenue des élections législatives transparentes et démocratiques. Mais la fraction la plus importante au parlement sera celle du PIF « Parti des Intérêts Familiaux ».

Patrick Vanderhulst était un des observateurs internationaux travaillant sous le cigle de EURAC et son partenaire le CDCE.

Tous les observateurs, et les non-votants eux-mêmes sont dorénavant convaincus que le Congo est capable d’organiser un scrutin transparent avec des votes secrets

Tous, sauf quelques exceptions, sont restés très calmes et dignes lors du scrutin. La participation était élevée, surtout si l’on tient compte des problèmes des distances à franchir. D’où mon hypothèse que se sont ceux qui se sont enregistrés les derniers, qui se sont avérés être ceux et celles qui ne voulaient ou ne pouvaient pas voter. Les quelques tentatives de fraude ont été sanctionnées par les électeurs eux-mêmes. Le « personnel » de la CEI s’est avéré bien formé et pleine de bonne volonté. Le nombre de bureaux de vote a été majoré de façon à éviter de longues files d’attente. On pourra dans l’avenir diminuer le temps d’ouverture – actuellement de onze heures – et ainsi permettre le comptage pendant la journée plutôt que sous les lampes tempêtes. La procédure était assez compliquée à cause des nombreux garde-fous: présence des témoins et observateurs, comptage et recomptage des votes, procès verbaux des résultats en quatre exemplaires, listes des votants omis, des votants par dérogation, etc … Mais elle a convaincu l’électeur et les candidats.

Maintenant que l’on a vu que les élections n’étaient pas truquées, que des nombreux observateurs et témoins ont pu librement observer et que les résultats furent affichés le jour même à chaque bureau de vote, nombreux regrettent avoir suivi les avis de ne pas s’enregistrer ou de ne pas voter. A la prochaine occasion ils/elles le feront, il ne faut pas les exclure mais donner une deuxième chance.


Ce sont les personnes populaires qui ont été élus, faute de candidats de partis politiques

En l’absence de locaux la CEI a installé des BDV en pleine aire. Quoi de plus transparent ?

Dans l’ensemble c’était donc un grand succès qui prouve la volonté du peuple d’en finir avec des gouvernants sans aucune légitimité ni redevabilité. Le choix de l’électeur est néanmoins plus difficile à expliquer, ce qui est également vrai chez nous en Europe. Les liens tribaux et familiaux ont joué un rôle déterminant. Mais cela a contribué à une dispersion des voix sur le grand nombre de candidats. Un certain nombre d’anciens politiciens a obtenu un grand nombre de voix bien qu’ils avaient des dossiers de corruption, de « biens mal acquis etc… Les nouveaux candidats n’ont pas pu se profiler et ce faire connaître par manque de moyens et le manque d’objectivité des médias. Ils auront une deuxième chance lors des élections locales qui demandent moins de moyens pour mener une campagne. La campagne provinciale sera encore plus émotionnelle au lieu d’idéologique. Mais les acteurs de la société civile, tellement vantée, pourront prouver à cette occasion qu’ils/elles ont une réelle base. Les élections locales et provinciales correspondent plus à leur rayon d'action.

Ce qui frappe est d’une part la présence massive des témoins qui ont joué leur rôle correctement, et d’autre part les nombreux observateurs nationaux, du moins dans les grands centres. Tout le monde a accepté leur présence et compris la tâche qu’ils jouent. Ils ont joué un rôle essentiel dans la bonne marche des élections.


Le parlement attendu sera néanmoins très faible et manipulable par “l’aire présidentielle”

Tout le monde était discipliné devant et dans les BDV

Le choix du candidat était difficile. Personne n’avait vu à l’avance le bulletin de vote. Il y a eu donc des surprises dans l’isoloir où l’on découvre le nom de son collègue ou sa voisine ! Cela a également retardé le vote. Surtout qu’il y avait une pléthore de candidats. On aurait pu afficher des spécimens ou listes officielles afin de s’informer de tous les candidats à l’avance.


Contrairement aux pays avec une plus longue tradition démocratique, les candidats étaient éparpillés sur un trop grand nombre de listes, sans parler des candidats indépendants. Dans la circonscription de Kananga Ville elle même où j’ai observé personnellement, il y avait pour les six mandats 156 candidats répartis sur 58 partis et huit indépendants ! La plus part des partis ne présentaient pas six candidats, et il n’y avait au total que 18 femmes avec seulement trois partis qui comptaient deux femmes. L’avantage des listes était que la caution était moins élevée et que c’était le cumul des voix d’une lise qui déterminait le droit à un siège. Mais de nombreux candidats – sollicités pour leur popularité - avaient espéré recevoir quelques moyens pour mener leur campagne. Ils ont été déçus et n’ont pu qu’informer leur entourage de leur candidature. Le vote était nominal ce qui favorisait la dispersion des voix. Là où le principe était qu’il fallait en moyenne 50,000 électeurs inscrits pour un mandat, les circonscriptions électorales avec plus qu’un mandat compteront probablement des élus avec seulement cinq à dix mille voix ! Avec une si faible légitimité, beaucoup d’entre eux n’hésiteront pas à vendre leur voix dans le parlement au meilleur offrant !


Un parlement de 500 membres répartis sur probablement plus de cent partis et une vingtaine d’indépendants, ne pourra que difficilement former une majorité stable qui constituera un (contre)pouvoir par rapport à la présidence ! Ne parlons pas de l’opposition parlementaire ! Pourtant c’est le parlement qui a selon la nouvelle constitution davantage de pouvoirs. Le parlementaire est le législateur, il contrôle tous les services publics et le gouvernement, il représente son électorat et circonscription, il participe à la diplomatie parlementaire, il est le premier éducateur politique de son électorat, il/elles est un agent de développement de sa région.


Les médias nationaux et internationaux maintiennent l’illusion de l’homme fort et providentiel qui résoudra tout les problèmes

Devant les centres de compilation c’était l’embouteillage. Les présidents des CDV voulaient se débarrasser le plus vie possible des bulletins de peur d’être accusé de fraude.
La plus part des acteurs, du moins ceux qui accèdent aux médias, continuent à privilégier les élections présidentielles au détriment des législatifs. Leur campagne a coûté des sommes très importantes, toute l’information est au service des résultats présidentiels. Les analystes et politologues ne parlent que du deuxième tour et non des élections provinciales. C’est comme si tout le monde se réjouit ou se résigne d’élire un nouveau monarque, bien qu’il soit cette fois ci « éclairé » et qu’il se sente redevable aux électeurs. D’un parlement fort on ne se soucie pas. Au contraire cela arrange tout le monde qu’il sera faible et morcelé et divisé ! On parle déjà d’arrangements pour la répartition des postes de l’exécutif, sans tenir compte de la volonté de l’électeur qui se reflètera dans une majorité parlementaire – du moins dans les démocraties modernes. On oblige de former un gouvernement d’unité et inclusif, et donc sans opposition ni débat ni choix idéologique comme c’était lors de la transition… La consultation du peuple semble symbolique, il est temps de parler « affaires » et ceci de préférence dans la continuité.
Les résultats des législatifs commencent à être connues depuis le 28 août. On pourra bientôt se faire une idée des groupes parlementaires et de leurs rapports de forces, s’il y en aura.
J’espère surtout que les partenaires de ce processus de démocratisation oseront faire une analyse critique et non complaisante et en tirer des enseignements pour la poursuite.